LE DERNIER RETOUR

 

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Acte I, Chapitre 6

Eosphoros

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          Rien n’aurait dû être noir de cette façon. Ce n’était pas le néantissime hadal d’un vide inexistant où rien n’a jamais été. En comparaison, la simple négation de la lumière aurait été presque rassurante, un concept simple à appréhender même si difficilement envisageable. Ce n’était pas une non-couleur mais ce n’était pas non plus une anti-couleur. Pas l’opposé d’un blanc immaculé, l’obscurité totale d’un cachot hermétiquement clos. Des choses aussi banales et naturelles que le plumage d’un corbeau un soir de nouvelle lune sous une voûte saturée de nuées opaques arborent cette teinte. Non c’était une couleur palpable mais innommable. La plus pure expression visuelle d’une absolue malignité. C’était le noir d’un monde mauvais, là où la lumière n’est que vanité dérisoire car rien de ce qui brille ne peut éclairer, la première étincelle d’un homo erectus chanceux comme l’ire flamboyante d’un dieu solaire. Un sablier d’énergie pas d’avantage.
          Ce n’était pas un sablier mais ça y ressemblait vaguement. Quatre piliers d’acier, sombres et froids comme l’espoir sur lequel il n’est plus conseillé de compter, se dressaient, noués, torturés, mais indubitablement inflexibles. Entre eux était coincée une colonne cylindrique. Ses parois paraissaient faites d’une aura changeante, tant par les courants à sa surface que par les nuances qu’elle prenait. Elle coulait lentement vers l’or qu’elle n’atteignait jamais au profit d’un jaune cireux. Qu’elle s’apprêtât à revêtir la couleur de l’émeraude et inexorablement elle virait à un vert saumâtre. Quelles qu’étaient les couleurs vers lesquelles cette aura glissait, elle les dénaturait en quelque chose de foncièrement affreux, tant était évidente la possibilité qu’elle aurait eue d’étaler un superbe arc-en-ciel. Et au milieu de cette vitrine de l’ignominie était enfermé quelqu’un. Si tant est qu’on peut appeler quelqu’un un être dont les possibilités d’existence sont à ce point pitoyables que les Moires en auraient coupé le fil en ouvrant seulement leurs ciseaux à côté.
          C’était un jeune homme aux traits européens. Une courte et raide chevelure bleu ardoise, que parsemaient quelques mèches d’un blanc de zinc, encadrait son visage aux paupières crispées par l’effort de les garder absolument closes. Son corps était entouré d’une protection si légère qu’elle méritait difficilement le nom d’armure. Le métal qui la composait était fin et translucide comme du verre, d’un bleu dragée rehaussé d’arabesques d’azurin. Il flottait, prisonnier de la colonne d’énergie, résolument immobile en position fœtale, ses mains serrées sur ses genoux qu’elles ramenaient contre son torse, sa tête inclinée à toucher sa poitrine. Peut-être priait-il, mais Kaikas n’était probablement pas déraisonnable au point de croire que ses suppliques pussent atteindre ceux à qui elles auraient été destinées.
          Dans ce monde au noir si intense qu’il interdisait les ombres, et si odieux qu’il laissait s’exprimer l’inanité des couleurs étrangères, trois entités accidentellement féminines contemplaient le Vent du Nord-Est. N’importe qui aurait éprouvé de la répugnance à les appeler femmes, et pourtant elles auraient pu êtres des plus belles. Leurs figures auraient dignement souri parmi les nymphes, si elles n’avaient été déformées par une expression mauvaise, née d’une éternité passée à se délecter de la contemplation des pires atrocités. Leurs mains auraient pu tracer les bénédictions au-dessus des berceaux, mais elles étaient terminées par des ongles fuligineux et crochus à faire frémir une nuée de harpies. Drapées dans des toges qui semblaient bien plus maculées de sang que teintées d’amarante, les Kères agitaient sporadiquement leurs ailes aussi sombres que leur mère, manifestement en proies à un désir difficilement refoulé. Leurs voix s’élevaient, aux accents sucrés comme le miel, mais sifflantes comme des serpents pernicieux…

          - Sommes-nous bien sures de vouloir rester là à le regarder ?
          - Oh non nous ne le sommes pas, nous sommes sures que son sang doit être délicieux…
          - Oh oui délicieux, un sang comme nous n’en avons pas goûté depuis des lustres…
          - De l’Ichor ! Ou presque, de quoi nous faire oublier des siècles de pitance à la sanie des décharnés…
          - Oui mais IL l’a interdit, IL a dit de juste le surveiller…
          - Mais IL ne sait pas comme nous en avons envie, IL ne sait pas comme l’Ichor nous apaise après nous avoir coulé dans la gorge !
          - IL sait. ILS savent tout… Et nous ne voulons pas qu’IL se mette en colère, non ça nous ne le voulons pas… IL nous fait peur !
          - IL brille, même ici… IL peut nous faire mal, terriblement mal !
          - Mais IL ne veut pas... IL va prendre soin de nous…
          - Oui IL a promis, IL nous a promis du sang !
          - Beaucoup de sang !
          - L’Ichor viendra en son temps, de l’Ichor pur…
          - IL nous l’a promis, nous ne voulons pas lui désobéir…

          Les Kères claquaient des mâchoires à chaque syllabe. Des claquements secs, métalliques, avides. Elles se tordaient les mains en gémissant, accablées par leur envie frénétique de se ruer sur la prison irisée de laideur pour planter leurs canines acérées dans la chair du Vent. Mais elles se contentaient de piétiner sur place, un rêve d’une abondance miraculeuse au fond des yeux, qui ne suffisait pas à masquer la peur intense qu’était la leur. Une peur qui leur fit battre frénétiquement des ailes pour s’écarter en bondissant en arrière, à plusieurs mètres de la silhouette qui venait d’apparaître entre elles.
          Le nouvel arrivant n’était pas menaçant mais sa présence était sans équivoque. D’un simple geste sans appel, il congédia les Kères qui s’envolèrent dans un murmure acrimonieux, ou peut-être était-ce du soulagement… Sans un mot, il s’avança au plus près de la barrière d’énergie, dont les fluctuations s’accélérèrent brusquement à son approche. Malgré l’environnement qui ne cessait de l’opprimer, Kaikas sentit le regard braqué sur lui. Un picotement à l’orée de sa conscience, une sensation étrange, presque familière. Cela faisait des heures ou des siècles qu’il s’était astreint à rester prostré dans sa prison, infiniment distant, diamétralement coupé des tortures, des questions, du harcèlement incessant dont il avait fait l’objet. Et là, il était pris d’une envie irrésistible de lever les paupières. Non pas parce qu’il y était obligé, mais parce qu’une curiosité poignante, longtemps endormie, refaisait surface en force. Le Vent céda à lui-même, il ouvrit les yeux et les plissa aussitôt face à cet être étonnant.
          Au sein de ces bas-fonds obscurs, l’homme était étonnement… clair. Comme si une lueur matinale tombait en permanence sur sa personne. Il n’étincelait pas, mais lui semblait éclairé par une douce clarté rosée. Sa peau évoquait le tendre duvet d’une pêche arrivée à maturité. Son épaisse chevelure blanc de Troye tombait sur ses épaules en un désordre gracieusement bouclé. Et ses yeux… ses yeux étaient la chose la plus rassurante que Kaikas avait contemplée depuis longtemps. Des iris aurore, pailletés d’éclats nacarats, semblant habitués aux plus grandes contemplations et qui le fixaient avec aménité. Et toujours cette sensation, un frémissement étrange du fluide qui parcourait ses veines… comme s’il aurait dû le reconnaître. Le Vent plongeait consciencieusement son regard dans celui de l’homme qui avait le pouvoir de faire frémir les Kères, mais il lui était difficile d’y lire quoi que ce fût. Ce qui n’était pas du tout pour lui plaire. En fait cela l’agaça rapidement de façon exécrable. Lui et les siens se targuaient d’être de ceux à qui rien n’échappait, du frémissement du troisième poil de la queue d’une musaraigne dans un champ de hautes herbes un jour de grand vent, à l’émotion la plus fugace d’un bonze tibétain en plein sacerdoce un soir de plénitude. Et là rien. Et ce n’était pas non plus un être vide ni désincarné qui se tenait face à lui, mais bien un homme en pleine possession de ses moyens, et de surcroît presque certainement une partie de sa mémoire, un être pourtant si unique qu’il ne pouvait ressembler à rien d’autre qu’à lui-même.

          - Ainsi ma sanction était-elle lourde à ce point que même toi tu n’es pas capable de me reconnaître… mon frère…

          Le ton était doux, presque miséricordieux, mais les mots explosèrent aux oreilles de Kaïkas comme une puissante déflagration, balayant instantanément les frontières closes de sa mémoire. Les yeux du Vent s’agrandirent de stupeur…

          - Eosphoros… !


*

 


          Le sol était dallé de serpentine lactescente, aux nervures bleu ardoise qui délissaient l’austérité. Les murs s’élevaient, confins du délaissement, de pâle néphrite que des veines de quartz laiteux irriguaient d’une torpeur hypnotique. Et l’ivoire montait, souple sobriété sur d’impartiales colonnes, torses corinthiennes, comme frémissantes d’une tacite rectitude. Là-haut, ouverte comme la pupille d’un pauvre riche en souvenirs, une coupole contemplait le caveau, d’une patience constellée de célestines translucides, serties dans la pâle dolomite. Le silence était d’une douceur cotonneuse, de celles qui allègent l’ouïe sans jamais la lasser, au contraire de ces calmes sourds, remplis peu à peu par le battement assourdissant du sang qui cogne derrière les tempes. Et au cœur de ce recueillement que l’oubli ne semblerait jamais effleurer, siégeait une urne cinéraire sur un socle nacré que des volutes d’or blanc enlaçaient d’une sereine harmonie. Haute jarre italique, elle resplendissait d’albâtre, souligné d’émail safre et cæruleum en des motifs figés dans une éternelle fluidité.
          Tout être vivant aurait posé un pied en ces lieux comme un profanateur. Un prêtre empreint d’une pieuse déférence, aussi sincère fût-elle, ne s’en serait pas moins senti inopportun. Ce n’était pas un sol sacré, ni un endroit interdit. Ni un havre où se ressourcer, ni un sanctuaire où pleurer. Simplement un confluent, une partie de l’espace et du temps, là où la mémoire d’un temps révolu rejoint l’espoir d’un avenir entrevu. Un lieu qui existait en soi, car tout ce qu’il renfermait trouvait sa raison d’être en lui-même. Un témoignage qui trouvait son essence dans le sentiment qui l’avait élevé, et qui ne demandait pas à être contemplé.
          Et pourtant. Pourtant quelqu’un avait soulevé la dalle et descendu les marches qui menaient en son sein. Quelqu’un qui n’avait commis aucun sacrilège, quelqu’un dont la présence n’était chargée d’aucune impiété, un homme dont la protection ostensiblement inaltérable ne relevait pas du blasphème dans cette atmosphère ô combien paisible. Une armure éclatante, opaline, moirée d’irisations courrant le long d’excroissances infrangibles à la semblance de rémiges enneigées. Un diadème orné d’un anatidé aux yeux de topaze. Debout et droit dans l’immensité restreinte du mémorial au Magicien de l’Eau et de la Glace, Hyoga laissait entendre le chant du Cygne.
          Il était debout devant l’urne, les yeux clos en une solennelle commémoration. De ses mains jointes près de son ventre, poing doucement posé sur une paume ouverte, se déversait son cosmos dans un tintement cristallin. Des paillettes scintillantes s’épanchaient lentement, particules gelées qui dansaient dans l’air, l’étoilant de légèreté. Elles dessinaient sur le dallage des arabesques limpides, s’enroulaient interminablement avant de remonter caresser les murs en d’étranges motifs. Et la glace coulait vers le haut, les larmes ascendantes du Cygne immaculé envers le maître éternel. Au cœur de la coupole elles s’accumulaient lentement, croissaient en de multiples facettes qui s’ouvraient progressivement, telle une rose glaciaire éclosant de la plénitude pour anoblir le caveau. Et comme se réfléchissait indéfiniment l’urne sur les innombrables miroirs de ses pétales, un reflet chaleureux courut sur l’ornementale froidure. Une colonne lumineuse s’éleva pour caresser l’hommage, la poussière mordorée s’emmêlant avec les blanches émanations en des voltes lancinantes.
          Hyoga leva les paupières. Devant lui, l’ultime rémanence d’une figure quasi paternelle, l’habit sacré qu’il lui avait été permis par deux fois d’endosser, deux bras tendus qui se rejoignaient dans la posture de l’adieu…

          - Camus… Pardonne-moi cher Maître, j’aurais dû venir te dire au-revoir il y a bien longtemps…
          - Twilight Sanction !!

          Hyoga vit le Chevalier du Verseau abaisser les bras. Comme dans la septième maison lorsque Camus s’était résolu à le tuer de sa propre main pour lui éviter d’inutiles souffrances. Comme dans son propre temple lorsque le magicien de l’Eau et de la Glace méprisa sa vie pour récompenser son élève d’une dernière leçon. Et comme alors, un torrent hivernal parsemé d’or déferla sur lui, l’étreignant d’une froideur extrême. Mais cette fois, le givre qui s’accumula sur ses membres était chargé d’une colère hargneuse.

          Les Vents étaient repartis du Sanctuaire, laissant une Athéna soucieuse et des Chevaliers aux nerfs aussi tendus que la corde de l’arc d’une Amazone, prise d’un orgasme esthétique au moment de cribler un monstre un soir de pleine lune alors qu’une brise légère élève la mélopée des sylphes. Les nouvelles qu’ils avaient reçues étaient préoccupantes, mais ils ne pouvaient pas faire grand chose de leur côté. Apeliote, Lips et Argeste avaient repris leurs recherches aux côtés des quatre Cardinaux, et si eux ne parvenaient pas à retrouver la trace de leur frère disparu, il était fortement improbable qu’un Chevalier du Sanctuaire pût obtenir de meilleurs résultats. Les minutes qui s’étaient écoulées depuis leur départ avaient été amèrement silencieuses, après quinze années de quiétude, ils se souvenaient soudain de cette sensation âcre au fond de leur gorge alors que l’avenir paraissait chargé d’une incertitude malsaine. La brutale explosion de cosmos en provenance du dixième temple du zodiaque fit sursauter le Grand Pope resté seul dans la salle du trône face à ses désagréables réflexions. Il se leva d’un bond, rajustant sur son visage le masque d’argent qu’il avait ôté après le départ des oiseaux de mauvaise augure.

          - C’est pas vrai mais quelle bande de cons !! Sirion fonce ! Arrête-moi ça, allez magne !

          Une double gerbe d’eau au centre du temple des Poissons salua le départ de Sirion en réponse à l’injection mentale du Grand Pope. Il fallait près d’une heure au moins à n’importe qui pour atteindre une maison supérieure de la route du zodiaque, en revanche le cosmos divin qui protégeait l’accès au sommet de la Colline Sacrée depuis des millénaires ne freinait nullement la descente. Et si le Chevalier des Poissons n’était pas celui des douze gardiens qui tenait le mieux la distance question vélocité, il savait néanmoins se montrer rapide lorsque les circonstances l’exigeaient. Il arriva dans la demeure du Verseau en une fraction de seconde, et tendit une jambe en avant pour freiner sa course, dérapant longuement à la limite du déséquilibre sur une fine pellicule de givre qui recouvrait alors le dallage de pierre. Il s’immobilisa finalement, comme une figure sortait du sol, s’extrayant du passage descellé qui conduisait à la tombe enfouie sous le temple. Une courte chevelure vert d’eau soutenue par des mèches prasines remontée en un chignon hirsute, un regard irrité, aux iris gris de maure strié de bronze… Un regard qui crispa instantanément le douzième Chevalier d’Or.

          - Isil… Qu’est-ce que tu as fait !
          - Rien qui te concerne ! Qu’est-ce que tu viens faire dans mon temple !

          Sirion ne put se défendre de serrer les lèvres en une moue plus que contrariée. Sainte Aquarius était une femme mordante, bien souvent même acerbe. Impulsive, susceptible, il était de notoriété publique qu’elle avait déjà dû gifler et griffer au visage les trois quarts des hommes du Sanctuaire. Et si la gente féminine s’en sortait globalement indemne, c’est que ces dames préféraient l’éviter, redoutant bien pire de celle qu’elles avaient surnommée dans son dos Lagoma, abréviation consensuelle pour Lady Godiva Macbeth. Une carne sulfureuse de premier choix pour qui chercher des noises et chercher à séduire étaient les deux passe-temps majeurs. Un caractère dont Sirion, lui, n’avait réellement jamais fait les frais. Son stoïcisme à toute épreuve et son dédain affiché pour toute forme de futilité l’avaient rapidement mis à l’abri des sautes d’humeur du Chevalier du Verseau, à la langue aussi agressive que la poitrine. Mais le ton qu’elle venait d’employer érailla son sang-froid naturel. Un ton qu’il ne lui avait jamais connu en dépit de ses incessants persiflages. C’était glacé comme le marbre autour d’une épitaphe, dur comme l’obsidienne d’une lame sacrificielle…
          Sirion tourna son regard vers l’ouverture béante qui continuait de charrier des volutes glaciales. Il n’y avait plus aucune trace du deuxième cosmos dont il avait senti la présence dans le temple du Verseau.

          - Tu l’as tué ?
          - Si peu… J’ai simplement refroidi ses ardeurs… S’il est un tant soit peu résistant il aura un peu de temps devant lui pour réfléchir à ses actes… Avant de traverser le Meikai et connaître le sort réservé aux profanateurs !
          - Libère-le immédiatement !
          - Immédiatement !? Je n’ai aucun ordre à recevoir de toi Sirion !
          - Oserais-tu aller contre la volonté du Grand Pope ?
          - Le Grand Pope ? Et où est-il ? Je ne vois qu’un prétendu Chevalier d’Or en mal d’autorité ! La loi du Sanctuaire nous ordonne d’exécuter tout intrus sur la route des douze maisons, et c’est exactement ce que j’ai fait ! Si le Pope prévoit des exceptions tu lui diras de faire passer une circulaire à l’avenir parce que je n’ai rien reçu ! Si tant est que tu parles bien en son nom… Sirion le Portier…

          Cela avait été dit avec un tel dédain que le Chevalier des Poissons sentit son calme se fissurer. Il connaissait cette expression, lui le douzième et inutile gardien, qui n’aurait jamais rien d’autre à faire que de servir de majordome au Grand Pope, ouvrir les portes à ses visiteurs… De là à sous-entendre que ses capacités étaient à la mesure de son inanité et que son titre était usurpé… Mais jamais avant cet instant ces sarcasmes ne lui avaient arraché plus qu’un haussement d’épaule. Il serra les poings alors qu’une aura dorée croissait lentement autour de lui.

          - Isil… Un homme est en train de mourir injustement… Je ne le répèterai plus, libère-le tout de suite.
          - Qu’est-ce que tu espères… A d’autres tu as pu faire illusion, mais face à moi tu n’es qu’un poisson clown égaré entre des icebergs !

          Le Chevalier du Verseau répondait, irradiant à son tour d’un feu qui n’avait rien de solaire. La température du temple déjà plus qu’hivernale chuta encore sensiblement, le sol crissait de plus en plus sous les pieds de Sirion. Ses yeux… Je ne l’ai jamais vue avec un regard aussi malsain… Comment peut-elle agir de la sorte ?… Il a dû se passer quelque chose, je dois l’arrêter coûte que coûte et l’amener devant le Pope !
          Le refroidissement n’était pas le seul changement perceptible de l’air ambiant. A mesure que croissait la cosmo-énergie du Chevalier des Poissons, il se chargeait peu à peu d’humidité et une odeur saline prenait possession du dixième temple. Une brume épaisse s’épancha progressivement, noyant graduellement Sirion sous des filaments vaporeux qui gagnaient en opacité, blancs comme l’écume qui dénonce le courroux de la grande bleue. Il disparut complètement aux yeux du Verseau.

          - Je m’étais trompée sur ton compte… tu n’es qu’un alvin craintif… Sirion le couard ! Une telle technique ne te servira à rien contre moi !

          Un sourire méprisant enlaidissait la bouche aux lèvres longues et fines, dont le rose bonbon faisait tant de ravages dans l’enceinte du domaine sacré. Le froid environnant était de plus en plus saisissant, même à l’échelle d’un Chevalier protégé par l’habit sacré. Au point que des particules de glace en suspension apparaissaient ça et là, de plus en plus nombreuses au sein du brouillard soulevé par Sirion. Les paillettes gelées scintillaient, sous les yeux longs et étroits d’Isil qui fouillaient les alentours. Avant de s’arrêter rapidement en un point précis de son temple. Les minuscules miroirs aux innombrables facettes lui renvoyaient l’image du Chevalier des Poissons.

          - Tu ne peux plus m’échapper, affronte-moi en face à face si tu en es capable ! Diamant Rose !

          Sur son poing apparut une fleur de cristaux agglutinés qui explosa quand elle le projeta en avant. Un courrant violent de froidure et chargé de particules plus coupantes que l’acier assaillit le Chevalier démasqué qui leva les bras en tendant ses paumes devant lui pour contenir l’attaque. Sans succès apparemment, en dépit des imperceptibles déplacements de ses mains, si infimes qu’un œil non averti n’aurait pu les remarquer. Le calme retomba avec le brouillard, et Isil put contempler son adversaire prisonnier d’un bloc de glace lisse comme la déraison.

          - Et dire que je t’avais jugé faible… J’étais bien en-dessous de la réalité… Une seconde pour gagner l’éternité, même un bronze aurait ten… ! Quoi !?

          L’improbable sinon l’impossible venait de se produire sous ses yeux. A travers la prison embuée elle venait de voir Sirion bouger pour pointer un doigt dans sa direction.

          - Skate Sting !

          Un mince faisceau lumineux fusa, faisant exploser la barrière que Sirion avait érigée, solidifiée par le froid du Verseau. Le trait d’énergie perfora le bras droit d’Isil, au défaut de l’épaulière.

          - Enfoiré tu vas me payer ça !
          - Ne fais plus un geste ! Tu n’es plus en état de combattre, rends-toi immédiatement !
          - Ça tu peux crever ! Et ce n’est pas une suggestion c’est une prédiction !

          Isil voulut lever les bras dans la posture propre aux Chevaliers du Verseau mais elle grimaça de douleur. La souffrance qui lui avait transpercée l’épaule irriguait maintenant sur toute la longueur de son membre. Elle pouvait à peine le bouger…

          - Tu as compris maintenant ! Arrête pendant qu’il en est encore temps !
          - Si tu voulais t’en sortir il fallait me couper les deux bras et pas m’en paralyser un seul ! Mon temple s’enlaidira bientôt d’un cercueil de plus !

          Elle leva sa main gauche grande ouverte au-dessus de sa tête, et un feu étincelant de blancheur s’alluma dans sa paume, irradiant de rayons lumineux et immaculés qui tintaient dans l’air. Une brusque rafale glacée obligea Sirion à cligner des yeux, une fraction d’incertitude dont naquit le désastre. Isil était partout autour de lui. L’atmosphère n’avait cessé de se charger de particules de givre, et de la même façon qu’elles avaient révélé la présence de Sirion dans le brouillard, elles reflétaient à présent l’image du Chevalier du Verseau démultipliée à l’infini. Merde, pas moyen de la localiser… L’attaquer dans toutes les directions… Peu de chances pour que ça suffise, mais je n’ai plus le choix de toute façon, plus le temps

          - Tu ne t’en sortiras pas Sirion, je vais te congeler jusqu’à la dernière écaille ! Ta dernière demeure sera trop belle pour toi, que se referme l’étau des glaciers éternels !!
          - Tu mourras avant moi Isil ! Piranian Wave !!

          Comme il sentait la lumière qui tombait sur lui se cristalliser en ultime étreinte, le Chevalier des Poissons ramena ses bras contre sa poitrine avant de les écarter brusquement. Une myriade de projections dorées partit de son corps dans toutes les directions, assaillant les innombrables reflets de son adversaire.
          Les Chevaliers d’Or présents sur la Colline Sacrée retenaient leur souffle, relégués à une impuissance rageuse. Ils auraient voulu courir au devant de la stupidité, mais l’ordre mental en provenance du treizième palais avait été formel, aucun d’entre eux n’était autorisé à déserter son poste… Ce ne fut pas la double explosion de cosmos qui retentit en provenance du temple du Verseau, qu’ils redoutaient depuis un certain temps qu’ils suivaient à distance l’affrontement, qui les fit sursauter. Mais bien l’apparition impromptue d’une présence écrasante au cœur de la quatrième maison une fraction de seconde auparavant. Une part d’absolu venait de prendre possession du temple du Cancer. Une conscience infiniment vaste et puissante… Les doubles portes qui scellaient la sortie du temple s’ouvrirent à la volée sur un déferlement de métal, un entrelacement impétueux qui se détendit instantanément en une rafale d’éclairs annelés pour pointer vers le lieu de l’affrontement à une vitesse inconcevable. La nuée acérée avala l’espace en une seule vibration, une note unique et parfaite qui n’avait pas encore retenti lorsqu’elle franchit le seuil de la demeure du Verseau. Rasant le sol, les chaînes innombrables se redressèrent brutalement en arrivant aux pieds de Sirion. L’entourant de toutes parts, elles frôlèrent son corps en montant vers le plafond du temple avant de s’ouvrir en une corolle salvatrice qui se dispersa tout autour au moment où le Chevalier des Poissons invoqua son arcane. Aucune des projections dorées n’atteignit sa cible, toutes virent leur énergie dispersée par une pointe étoilée qui les rattrapa avec une précision absolue comme une désarmante aisance. L’attaque d’un Chevalier d’Or annihilée le temps d’un battement de paupière désinvolte.
          Sirion restait immobile les bras tendus au milieu de la fleur d’acier figée dans son épanouissement, essayant désespérément d’accrocher une pensée cohérente. A défaut de mettre le doigt sur une explication, il parvint finalement à appréhender le résultat. A savoir que son coup avait été intercepté quand il en était seulement à concentrer sa puissance, et qu’en dépit de cela il était encore en vie. De fait, le froid ambiant avait totalement disparu. Un peut plus loin sur le coté, il pouvait voir Isil, un bras ensanglanté, l’autre encore levé. Les yeux ronds, elle ne cessait d’ouvrir et fermer la bouche en une expression d’hébétude atterrée, fixant un point derrière Sirion, bien éloigné du foisonnement métallique relatif à sa propre stupeur. Sans doute non content de son propre étonnement, le Chevalier des Poissons suivit le regarde de sa sœur d’armes pour découvrir la raison du sien. Un cygne étincelant qui son casque posé au creux de son bras, contemplait la petite bille d’énergie qui flottait au-dessus de l’une de ses paumes. Une étoile de glace où semblait avoir été concentrée toute la force frigorifique du Verseau.

          - Pas mal je dois le reconnaître. Je garde ça, je pense que tu as mérité de contribuer à l’ornement de la dernière demeure de feu mon maître.

          Il se détourna tranquillement vers la dalle ouverte sur le tombeau de Camus, emportant avec lui la petite bille de cosmos, seule témoignage du débordement glaciaire qu’Isil avait libéré. Il s’arrêta cependant comme il posait le pied sur la première marche.

          - Une petite chose toutefois. Tu dois savoir que l’enseignement qui est le nôtre fait de nous des combattants redoutables, mais nous laisse à la merci de nos adversaires si nous ne leur faisons pas subir rapidement le sort qu’ils méritent. Si tu n’apprends pas à atteindre plus rapidement l’intensité critique de ton souffle, tu perdras, tôt ou tard. Sans l’intervention de Shun, l’attaque de ton collègue t’aurait atteinte bien avant que tu ne l’aies emprisonné.

          Il descendit. Et au moment où la courte chevelure blonde disparaissait dans la pénombre, les chaînes protectrices se rétractèrent brusquement, pour refluer jusqu’à la maison du Cancer avec la même vélocité qu’elles en avaient jaillis. Tous les Chevaliers d’Or présents sur la Colline Sacrée reprirent leur souffle, et Annatar jeta par-dessus son épaule avec un soupir désabusé le nunchaku d’orichalque au profit duquel il avait délaissé son trident. Presque au faîte de la route du zodiaque, un calme ahurissant avait pris possession du temple du Verseau. Isil secoua la tête comme sortant d’une étrange torpeur et se retourna vers son confrère.

          - …! C’est de lui dont tu parlais quand tu disais qu’un innocent était en train de mourir ? Bon dieu Sirion mais qui c’est ce type ?!
          - Hyoga, le Protecteur. Il est revenu au Sanctuaire après quinze ans d’absence, il y a juste quelques heures, pendant que tu t’entraînais encore au Collysée supérieur…

          Dans la salle du trône, Gorhtol redressa la tête alors que la constellation du Verseau sur la fresque murale perdait lentement de sa luminescence.

          - Mais qu’est-ce qui font chier ces deux là, peuvent pas s’occuper de leur fesses un peu…

          Un rire moqueur, un brin sarcastique fut sa seule réponse. Ikki sortait de l’ombre d’une des colonnes bordant la grande salle pour s’avancer à la rencontre de son meilleur ennemi.

          - Ca me rassure, j’aurais presque été déçu que tu n’y sois pour rien…

          Le Grand Pope haussa les épaules avec un vague geste de la main qui n’aurait pas eu une chance d’être pris pour un signe d’excuse, un mouvement un brin fataliste tout au plus.

          - Et qui voulais-tu que ce soit ! Isil est tout sauf une biche docile, mais elle n’est pas conne au point de ne pas obéir à Sirion quand il vient la trouver sur mon ordre.
          - Oh tu n’as pas dû avoir à la pousser beaucoup…
          - Ça… c’était prévisible… Ce n’est pas comme si j’avais voulu la dominer vraiment… Mais même à distance, juste inviter son caractère de chien à s’exprimer un peu plus franchement… Pas besoin d’aller jusqu’au Gen Rou Ma Ou Ken pour ça. Tant mieux d’ailleurs, une simple suggestion mentale laisse moins de séquelles.

          Une ombre passa sur le visage de Gorthol. Il reprit alors que le regard qu’il dardait sur le Phénix se faisait plus affûté, soupçonneux…

          - Sirion m’a surpris par contre. Autant je me suis arrangé pour qu’elle ne lui laisse aucune chance d’éviter le combat, autant je ne m’attendais pas à ce qu’il prenne les devants… Il semble beaucoup moins posé en réalité qu’il ne le laissait supposer…
          - …
          - C’était comme si… Ikki… Je sens subrepticement comme l’ombre d’un doute m’assaillir … Ça remonte à combien de temps la dernière fois où tu as utilisé le Gen Ma Ken ?
          - Utilisé comme utilisé vraiment ? Ou tu comptes la pichenette que j’ai donnée à Sirion quand je l’ai croisé dans l’escalier ? Isil n’a peut-être pas senti ton esprit s’approcher du sien mais tu n’espérais pas me la faire tout de même ?… Et je n’allais pas te laisser t’amuser tout seul…

          Les deux hommes se regardèrent de travers… avant de partir d’un commun éclat de rire. Deux dirigeants du Sanctuaire à ce point rongés par l’inactivité qu’ils en étaient réduits à faire pression sur le mental de leurs hommes pour créer un peu d’animation. L’ironie étant qu’ils avaient craqué au même moment chacun de leur côté sans se concerter. Fallait-il qu’ils soient si semblables au fond… Le rire de Gorthol cessa brusquement comme la contrariété repointait le bout de son nez.

          - Par contre ton frère commence à m’emmerder sérieusement, s’il pouvait s’arrêter de jouer les redresseurs de tords deux minutes…
          - On ne le changera plus… moi moins que quiconque.

          Le silence étendit de nouveau sa mélancolie, les laissant à leurs errances dissociées et pourtant si proches. Celui qui avait été autrefois Kanon des Gémeaux ne devinait que trop bien les pensées que nourrissait son comparse. Ikki, le Phénix immortel, autrefois le plus flamboyant des Chevaliers d’Athéna. S’il n’avait rien perdu de sa prestance aux yeux des nouveaux défenseurs du Sanctuaire, Kanon lui pouvait voir comment son aura s’était ternie. Non qu’il fût moins puissant, le Pope en avait la certitude pour se défouler régulièrement avec lui le long d’âpres échanges décompresseurs, mais moins incisif sans doute, moins mordant, encore qu’Ikki entretenait son prétendu caractère acariâtre avec une certaine crédibilité. Mais il ne parvenait pas à tromper Kanon. Le Phénix était désormais comme un régent qui après avoir gouverné avec autorité et efficacité pendant des années, a dû laisser la place au dauphin arrivé à maturité pour monter sur le trône. Ikki la roue de secours, l’éternel sauveur qui avait si longtemps entouré son frère de ses ailes protectrices. Son frère qui n’aurait plus jamais besoin de lui pour combattre, quand bien même il aurait juré le contraire. Kanon avait peu connu le Chevalier Andromède avant l’échéance de la dernière Guerre Sainte, mais il avait tout de même réalisé combien étant important le changement qui s’était opéré en lui. Un changement subtil mais profond, la marque du Dieu terrifiant qui l’avait habité. Shun était toujours un être sensible, un homme fondamentalement bon qui abhorrait toute forme de violence. Mais Hadès avait tué le doute en lui. Le Shun d’avant hésitait même lorsqu’il était acculé aux dernières extrémités, celui d’aujourd’hui savait reconnaître l’inéluctable. Le Shun d’avant aurait couru vers Isil et Sirion en les suppliant d’arrêter de se battre, en l’invoquant lui et Ikki pour qu’ils interviennent, celui d’aujourd’hui avait simplement levé une main et mis un terme à l’affrontement. Shun d’Andromède… s’il restait encore en retrait, il n’aurait jamais plus besoin de personne pour veiller sur lui… Ikki avait dû se sentir bien inutile… Sans doute la raison pour laquelle il avait finalement fait son nid au Sanctuaire pour prendre en partie en charge la nouvelle génération de Chevaliers…
          Une réaction que Kanon ne comprenait que trop bien. Saga non plus n’avait pas eu besoin de son aide. Sans lui il avait tué Shion pour prendre possession du Sanctuaire, Sans lui il avait porté la marque de l’infamie pour rendre possible le salut d’Athéna. Qu’avait-il pu faire pour le soutenir ?… Lui rendre ce qui lui appartenait déjà, l’armure des Gémeaux pour lui permettre de détruire le Mur des Lamentations avec ses pairs. Tout comme Ikki qui désormais se savait éclipsé par la puissance de son frère, à la différence que lui avait toujours été dans l’ombre de Saga… A la différence que Shun, lui, était encore en vie…
          Ikki et Gorthol s’ébrouèrent en sortant conjointement de leur torpeur. Il y eu l’échange de regards hargneux de deux hommes pris en flagrant délit de sensiblerie, et puis… sans doute un bref instant de compassion mutuelle, qui ne serait d’ailleurs jamais expressément avoué, il n’aurait tout de même pas fallut tomber dans la mièvrerie larmoyante…

          - Bon qu’est-ce qu’il fou le canasson avec ses deux emmerdeurs ? C’est pas que je soit impatient de les adouber ces deux là mais Athéna est un peu pressée de voir sa garde au complet. Je crois que les trois éventés du ciboulot l’ont un peu inquiétée…
          - Qu’est-ce que tu veux que j’en sache… L’intendance c’est ton taf Gorthol, pas le mien…
          - Oui ben envole toi loin de mes basques, et choppe ton frère et l’autre emplumé au passage, dès qu’on aura cueilli les retardataires à leur arrivée on fout tout le monde au Temple de l’Humilité pour distribuer l’argent. Et si Hyoga n’a pas fini ses adieux posthumes tu lui fais accélérer la cadence sinon je boufferai des bâtonnets de cygne pannés à mon dîner !


*

 


          Le Souffle du Nord-Est serrait les dents pour ne pas hurler de douleur. Ballotté comme un fétu de paille par la tempête chaotique qui le projetait sans relâche contre les murs de son intolérable prison, il luttait pour garder la position prostrée qu’il avait adopté depuis un temps incertain de sa captivité. Une position d’abandon, de total renoncement. La seule qui le prévenait un tant soit peu de ces violentes décharges énergétiques. Il s’était rapidement rendu compte que résister ne faisait qu’envenimer les choses. Plus le Vent essayait de dominer les courants malveillants, plus ils gagnaient en force, et plus violemment ils le précipitaient, imprévisibles et sournois, contre les parois de souffrance. Contre l’air cosmique déchaîné par ses bourreaux, le cantonnement à l’impuissance était la seule défense de Kaikas, le Bouclier de Grêle.
          Eosphoros ouvrit les yeux. Dans la prison d’énergie, la tourmente se calma peu à peu autour d’un Vent à l’endurance douloureusement érodée. Il pencha la tête de côté, contemplant le captif avec un air qui ressemblait vaguement à de la pitié.

          - C’est dur n’est-ce pas… Avoir mal… Te rappelais-tu seulement ce qu’était la souffrance, toi l’un des messagers d’Hermès, toi pour qui comme à tes frères Zeus a gardé sa bienveillance… Et pourtant ce n’est pas là ta plus grande peine n’est-ce pas ? Non, bien sûr que non… L’incarcération, c’est ça ton véritable calvaire. Comme cela doit t’être insupportable pour toi qui depuis toujours vole et danse sur les libres espaces... Tel est le supplice que nous avons imaginé pour toi qui n’as jamais eu d’autre limite qu’un horizon qu’il n’appartenait qu’à toi de repousser… L’emprisonnement dans un monde vide, inerte et atone, au sein d’une geôle qui ne te laisse d’autre choix que de t’astreindre toi-même à l’immobilité…

          D’un revers de la main il écarta une mèche de son visage pour fixer plus intensément Kaikas. Muet, les yeux clos, le Vent était d’une pâleur cadavérique. Seul le soulèvement irrégulier de sa poitrine témoignait de la vie qui l’habitait encore.

          - Kaikas, frère d’un temps révolu, tu sais que tu cèderas tôt ou tard. Ta liberté est la seule chose réellement chère à ton cœur, tu ne pourras jamais te détacher de son appel. Quand tu seras à bout de force, tu bougeras à nouveau parce que la mobilité est ton essence la plus fondamentale. Et tu te briseras contre la puissance des sept. Alors tu te raisonneras, tu te calmeras encore pour endormir ton instinct. Mais le choix de l’inertie te sera à chaque fois plus atroce. Jusqu’au moment où la folie qui se sera emparée de toi viendra m’implorer… Maintenant ou à l’heure de la déraison, c’est le seul choix qu’il te reste, dis-moi où sont cachés les sceaux des Grands Anciens !
          - T.. Tu es toujours… aussi clairvoyant… Mais tu fais toujours l’erreur de prendre tes pressentiments pour des certitudes… Les Grands Anciens sont la pire chose qu’ait connu ce monde, rien ni personne ne s’approchera jamais des lieux où ils ont été bannis ! Seul le Dieu des Dieux sait où est enseveli l’innommable…
          - C’est peut-être vrai. Mais peu probable. Il y a bien longtemps que Zeus est confit dans son orgueil, macérant dans la certitude que rien ne pourra jamais le détrôner, tant son bras est long et ses doigts manipulent les fils de toutes les destinées, celles des Dieux comme des mortels. Et il veut que ça se sache. L’existence des Grands Anciens, le cauchemar de Gaïa, ce qui aurait dû être le secret le mieux gardé de l’univers c’est de sa bouche même que je l’ai appris. Alors je ne crois pas qu’il ait pu laisser Hermès et les Vents dans l’ignorance, de façon voulue ou non. Tu ne connais pas l’emplacement de tous les sceaux, mais tu as survolé le quart du monde pendant des siècles. Alors tu vois Kaikas, j’ai comme tu le dis si bien, l’intime pressentiment que tu sais où se trouve au moins l’un d’entre eux…
          - C’est inutile… Même si je le savais tu n’obtiendrais rien de moi. Car si la mort peut m’atteindre elle ne sera jamais une prison pour moi. Elle sera ma délivrance, jamais je ne laisserai la folie me prendre pour qu’elle m’emmène au creux de ta main, Hilel4 ! Le nom que je t’ai donné tout à l’heure n’est plus tien depuis longtemps !!

          Kaikas se tassa sur lui-même, dans l’attente craintive de l’orage cosmique qui ne manquerait pas de l’assaillir en réponse à ses dernières paroles. Un débordement de rage contre lequel il ne pourrait pas lutter, et qui le fustigerait longtemps avant que sa passivité ne l’emportât. Rien ne vint. Il attendait encore et rien de venait. Simplement le son de la voix… Plus douce… plus amère aussi…

          - Tu t’en souviens Kaikas… L’extérieur… Le simple fait de respirer un air qui n’est jamais le même… La montée de la clarté… La mort du jour... Et la seule promesse certaine en ce monde, celle d’un lendemain, qu’il soit de bonheur ou de peine… Oui toi tu t’en souviens, et je vais m’assurer que jamais tu ne puisses oublier ce à quoi nous t’avons arraché… La promesse d’un jour nouveau…

          C’était le noir d’un monde mauvais, là où la lumière n’est que vanité dérisoire car rien de ce qui brille ne peut éclairer… Et la noirceur se déchira dans la crainte et la douleur. Là dans ces inimaginables profondeurs abîmées, la couleur naquit de nouveau. Cela commença par une simple pâleur rosée. Elle s’affirma lentement, reflet fruité, une idée simple de chaleur et de quiétude enlacées. Et enfin l’aurore, belle, affectueuse, celle qui transcende le temps pour effleurer le cœur des hommes pendant les quelques secondes où l’astre solaire dépasse l’horizon, une parcelle d’infinité pendant laquelle tous les espoirs sont permis, parce que le monde est toujours là… L’ange déchu luisait si fort que les ténèbres gémissaient, car si l’aube ne parvenait à les faire reculer, elles avaient été transpercées, perforée en leur cœur par l’idée même de ce dont elles étaient la plus évidente négation…

          - Regarde Kaikas, regarde ! Et quand assoiffé de clarté tu seras prêt à te damner pour voir ma lumière, alors ce sera à toi d’éclairer ma lanterne…

          Et comme le faussaire d’espoir éclatait d’un rire qui ne retirait rien à la malignité du néant, le Vent du Nord-Est, inexorablement attiré par la clarté qu’il ressentait au travers de ses paupières, ouvrit malgré lui les yeux sur l’Etoile du Matin…


*

 


          Vicius et Neithan se glissèrent à l’intérieur de Temple de l’Humilité pour s’agenouiller prestement au milieu de leurs congénères. L’échéance imminente du moment tant attendu les avait mis dans un état d’excitation exceptionnel qu’ils s’employaient à maîtriser, en dépit de leur taux d’adrénaline qui refusait de baisser et du sang qui bourdonnait à leurs tempes. Ils n’étaient pas les seuls, ils pouvaient sentir la fébrilité des élèves de l’Aigle et de l’Ophiucus faisant écho à la leur. Avec un léger sourire, ils constatèrent d’ailleurs que tout comme eux-mêmes, Cassandra et Pelor avaient joué la prudence en se plaçant à l’écart de Yama et Elwing. Ces six là se savaient trop… dissipés, du moins trop enclins à manifester des signes de perpétuelle compétition pour risquer le côte à côte dans un moment aussi solennel, surtout sous les yeux d’une telle assemblée. Les quatre autres jeunes gens qui étaient là à partager leur attente leur étaient inconnus mais paraissaient plus posés. L’un d’entre eux déplu instantanément à Vicius par la froide austérité qu’il dégageait. Peau pâle, chevelure d’acier et regard d’obsidienne, Vicius n’aurait su dire s’il n’avait jamais appris à sourire ou s’il était simplement atteint de constipation chronique, en comparaison il aurait presque fait passer l’élève du Dragon d’Ebène pour un gai luron. La jeune femme elle aussi agenouillée en solitaire dégageait une toute autre impression. Vicius ne la voyait que de dos, mais la soie d’or et de cuivre emmêlés qui cascadait souplement jusqu’à recouvrir ses chevilles n’aurait laissé personne indifférent. Les deux dernières attendaient ensemble, l’une lointaine et hivernale, l’autre sereine et parfumée.
          Cinq jeunes femmes et cinq jeunes hommes qui s’étaient vus embrassés d’une destinée argentée, et qui en cette heure d’aboutissement étaient entourés par les plus illustres Chevaliers du Sanctuaire. Derrière eux, encadrant l’entrée de la grande salle du Temple de l’Humilité se dressaient les Chevaliers d’Ithildin, auréolées d’une prestance que leurs élèves de leur avaient jamais connue. Sainte Aquila et Sainte Ophiuchus étaient nimbées d’une aura irréelle de clarté, une extrême blancheur étoilée d’argent au sein de laquelle, l’or s’enroulait pour l’une en d’évanescents filaments, et pour l’autre crépitait sèchement le long d’imprévisibles arcs électriques. Et avec elles s’épanchait la lumière sélénite jusque dans l’enceinte fermée du temple, car leurs habits étaient si étincelants que l’astre lunaire semblait en émaner directement. A l’autre extrémité du temple leur faisaient face les quatre héros de la légende. Leurs cosmo-énergies montaient, silencieuses et sereines, quatre colonnes vaporeuses qui dressaient leur éclat coloré vers la voûte de l’Humilité. A droite la passion immaculée, Saint Cygnus, le Protecteur de Cristal. Un peu plus au centre la ferveur céruléenne, Saint Pegasus, le Protecteur de Saphir. De l’autre coté la ténacité incendiaire, Saint Phœnix, le Protecteur de Sardonyx. Et tout à gauche la foi arc-en-ciel, Saint Andromeda, le Protecteur d’Opale. En cet instant ils n’étaient plus leurs tuteurs bienveillants ni leurs instructeurs intransigeants, mais bien ceux qu’ils étaient réellement, ceux qui avaient dépassé toutes les frontières, des destructeurs d’empires, des tueurs de Dieux... Entre les apprentis il y avait eu des regards de connivence, parfois de complicité, parfois d’arrogance un rien provocante à mesure qu’ils sentaient grandir en eux l’excitation fébrile, commune à l’attente des grandes récompenses. Ils ne ressentaient alors qu’une banale fierté, comme à l’approche d’un cap décisif de leurs vies mais par lequel n’importe qui devait passer un jour ou l’autre. Comme de simples étudiants à la remise d’un diplôme, tant ils s’étaient familiarisés avec la certitude de devenir un jour Chevalier. Peut-être ne pouvaient-ils simplement pas comprendre. Ils avaient la tête pleine d’histoires héroïques, de glorieuses batailles… Les relatives souffrances endurées lors de leurs entraînements étaient bien dérisoires face à la promesse d’un rêve atteint, d’un avenir prestigieux. La peur, la douleur… ce n’étaient que des mots creux, les affres du destin… une éventualité vide de sens. Un vide qui avait été comblé en une fraction d’éternité par la seule présence de ces femmes et ces hommes extraordinaires. Le sacre serait plus que la simple remise de leurs armures, ce serait leur dernier enseignement…
          Et comme pour appuyer cette soudaine prise de conscience, les auras des Chevaliers d’Ithildin et des Protecteurs s’éteignirent brusquement pour faire place à une colossale présence. Une cosmo-énergie impensable s’empara du Temple de l’Humilité qui trembla sur ses bases aux gémirs de ses pierres. Les apprentis furent engloutis dans un gouffre sans fin. Ils flottaient aux confins de l’univers, et dérivaient dans le vide interplanétaire à une vitesse prodigieuse le long d’un courant sur lequel ils n’avaient aucune emprise, qui les aspirait goulûment vers la source de cette puissance… Un soleil immense et bouillonnant…
          Le souffle court et l’échine trempée d’une sueur glacée, les apprentis regardèrent le Grand Pope s’avancer sur la galerie qui courrait en surplomb, à mi-hauteur de la grande salle. On disait de lui qu’il était craint même des Protecteurs qui le surnommaient dans son dos le Heaume de Terreur. On disait de lui qu’ancien Chevalier d’Or, il avait ouvert à mains nues une brèche dans le Mur des Lamentations après que l’union de ses pairs en eût vaincu l’invulnérabilité. On disait de lui qu’il sondait les âmes comme les cœurs, et que les barrières du temps et de l’espace n’avaient aucun pouvoir sur lui. Maître des quatre-vingt huit constellations, on le disait capable d’en éteindre une par sa seule volonté, et même d’annihiler des galaxies entières. Des on-dit, des rumeurs peut-être, mais auxquelles ils n’avaient jamais tant cru qu’en cet instant. Par sa seule apparition, le Grand Pope venait de leur enseigner du même coup ce qu’était le devoir, et ce qu’était la mort. Il incarnait l’exigence du premier, et en cas de défaillance, l’inexorabilité de la seconde. Ainsi voilà ce à quoi ils allaient se soumettre en devenant Chevalier… Dans le meilleur des cas, le devoir ou la mort. Au pire, le devoir et la mort malgré tout. Le Pope fit un geste, comme pour exhorter au silence ceux qui n’auraient pas même eu l’idée de le briser.

          - Il n’y aura pas de discours, pas de promesses. Ni encouragements ni avertissements. Vos maîtres ici présents vous ont choisi et vous disent prêts. Je n’ai aucune raison de douter de leur jugement. Cela signifie que vous avez le niveau requis pour endosser le rôle qui vous est dévolu, et une pleine conscience de ses implications. Qu’il en soit donc ainsi.
          Neithan, attentif et persévérant, endosse ton armure d’Argent et devient Saint Orion, protecteur d’Athéna !
          Vicius, preux et ingénieux, endosse ton armure d’Argent et devient Saint Perseus, protecteur d’Athéna !
          Nâar, humble et inflexible, endosse ton armure d’Argent et devient Saint Ara, protecteur d’Athéna!
          Cuivénen, fidèle et secourable, endosse ton armure d’Argent et devient Sainte Argo Navis, protectrice d’Athéna !
          Jyll, droite et infaillible, endosse ton armure d’Argent et devient Sainte Crux, protectrice d’Athéna !
Calacirya, souple et luxuriante, endosse ton armure d’Argent et devient Sainte Coma Berenices, protectrice d’Athéna !
          Pelor, robuste et endurant, endosse ton armure d’Argent et devient Saint Hercules, protecteur d’Athéna !
          Cassandra, ferme et courageuse, endosse ton armure d’Argent et devient Sainte Scutum, protectrice d’Athéna !
          Elwing, mouvante et mystérieuse, endosse ton armure d’Argent et devient Sainte Eridanus, protectrice d’Athéna !
          Yama, fructueux et généreux, endosse ton armure d’Argent et devient Saint Crater, protecteur d’Athéna !

          Aux injonctions du Grand Pope, les dix coffres sacrés reposant aux pieds des maîtres s’ouvrirent pour irradier un feu d’albâtre qui alla enrouler son halot autour de chacun des apprentis. Le calme revenu, les nouveaux adoubés sentirent l’espace d’un instant une étrange pulsation, comme si les pierres autours vibraient tel un carillon silencieux saluant la nouvelle caste d’argent.

                    « L’être est d’être hors de soi. L’être existe parce que le néant le
                       lui demande en grâce. L’esprit n’a souffert le voile qu’à entendre
                       la déchirure. »1

          Ainsi étaient-ils eux-mêmes pour la première fois, car pour la première fois leurs esprits s’étaient ouverts aux liens multiples de leurs êtres. Des liens dont ils soupçonnaient l’existence mais qu’ils n’avaient jusqu’alors jamais pleinement ressentis. Le fluide vital qui parcourait leurs veines, et ce long échos qui suivait parallèlement les plaques métalliques dont ils étaient nouvellement recouverts. Leurs armures étaient belles et bien vivantes, des prolongements de leurs corps, des secondes peaux qui protégeraient leurs chairs mais qui réclameraient leur sang en retour des souffrances qu’elles auraient à endurer à leur place. Comme leurs corps elles possédaient des points vitaux, mais comme leurs corps, l’harmonie, leur ultime ressource, suivait un autre dessin, celui du point étoilé de leurs constellations. Et au-delà de la vie qu’ils voyaient se refléter dans leurs habits sacrés, il y avait les liens qui les unissaient tous…

                    « J’habite une tendresse diffuse qui ne peut me guérir. Il y a un profond
                      bleu de vitrail en moi, une douceur comme d’absence ou de femme
                      et le vent murmure avec sa voix de papier
»2

          Athéna… Ils avaient été déçus qu’elle ne fût pas là lors de leur adoubement. Sans doute un signe de l’autorité dont ils dépendaient officiellement à présent. Ils n’étaient que de simples soldats aux ordres de leurs maîtres, eux-mêmes des généraux sous le commandement du Grand Pope. Mais tout regret avait déserté leurs cœurs, car il savait désormais qu’Athéna ne les délaisserait jamais de sa présence, aussi éloignée fût-elle. Peut-être ne seraient-ils plus jamais tranquilles, gardant en permanence un œil soucieux sur cette partie d’eux-mêmes qui ne leur appartenait pas. Ils étaient voués à une inquiétude éternelle. Mais si cela était un mal ils étaient heureux de ce fardeau qui leur était échu. Car d’un regard en dedans, toujours ils écarteraient cette crainte. Et si par malheur elle venait à être justifiée, alors ils se dresseraient, nimbés d’argent, pour construire un lendemain de nouveau rassurant. Ils étaient les gardiens de l’espoir, faisant de toutes peurs des mauvais rêves passagers se dispersant avec le jour qui renaît. Et comme ils découvraient cette lueur qu’ils portaient depuis toujours en eux, ils se sentirent observés de l’intérieur. Athéna s’adressait à leurs cœurs. Chacun d’entre eux se vit gratifié d’un profond salut, un clin d’œil empreint d’affection et de générosité. Au plus profond du saint des saints du domaine sacré, malgré les préoccupations qui étaient siennes à cet instant, la Déesse protectrice de la Terre remerciait ceux qui lui avaient voué leurs vies en leur faisant partager sa foi inflexible en l’avenir…
          Alors qu’ils étaient encore tous debout, saisis d’émerveillement à l’étrange sensation que laissaient les prestigieuses protections sur leur épiderme, la voix grave et rude du Grand Pope s’éleva à nouveau.

          - Chevaliers d’Athéna ! Ces lieux sont votre havre de repos. On l’appelle le Temple de l’Humilité car ceux qui y séjournent ne sont pas admis sur la Colline Sacrée. Vous resterez à jamais au pied du véritable Sanctuaire et pourtant vous devrez servir votre Déesse avec une ferveur qui n’attendra rien de plus en échange. Tel est le destin de tous les Chevaliers d’Argent. Vous recevrez vos ordres des Chevaliers d’Ithildin, et vous leur obéirez comme si ces ordres venaient de ma bouche. Et vous porterez secours aux Chevaliers de Bronze qui viendront quérir votre aide sans jamais en laisser un avancer plus loin que votre seuil. Car la loi immémoriale du Sanctuaire n’a pas changé. Seule la mort attend ceux qui outrepasseront leurs droits. Priez donc pour ne jamais me revoir, si tel était le cas… alors la fin serait bien proche, la vôtre, ou notre fin à tous… Qu’Athéna vous garde.

          Le Grand Pope recula lentement dans la pénombre de la galerie, et sa présence disparut subitement, délestant l’atmosphère. Pourtant le silence qui s’appesantit sur le Temple de l’Humilité était tout sauf inconsistant. La Chevalerie d’Athéna venait par dix fois d’être honorée, mais la bénédiction du plus haut représentant de la Déesse avait retenti comme un bien sinistre présage. Heureux ils étaient d’avoir atteint leur but. Mais ils n’exultaient pas car ils venaient d’apprendre la précarité de la vie par cet homme qui aurait pu en trancher le fil sans un battement de cils. Et parce qu’ils entrevoyaient désormais qu’aucun exploit aussi grandiose fût-il ne saurait garantir la paix avec certitude. Quinze ans de paix… c’était bien court pour une existence … mais déjà si long pour la quiétude...

 

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1. Jean Grosjean, Apocalypse, Le Visage (extrait)
2. Jean Grosjean, Apocalypse, Passion Selon Saint Epvre (extrait)


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Notes du Chapitre
vers le Chapitre 5 - vers le Chapitre 7